| Les islamistes r |
Page 1 of 2 Délaissant les formations favorables à une stricte laïcité de l'État, les quelque 42 millions d'électeurs turcs ont choisi hier de reconduire le parti d'Erdogan au pouvoir pour un deuxième mandat de cinq ans.
Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le parti AKP s'est assuré un nouveau mandat de cinq ans aux élections législatives d'hier, s'est engagé à défendre la candidature de son pays à l'Union européenne. Il a également promis de respecter les valeurs républicaines, dont la laïcité. Issu de la mouvance islamiste, l'AKP a remporté une large victoire : il était crédité de 47,6 % des voix après dépouillement de plus 80 % des bulletins. Les projections lui donnaient entre 330 et 345 sièges (sur 550) à l'Assemblée nationale, ce qui lui permettrait de former seul le gouvernement. L'AKP était suivi par le principal parti d'opposition pro-laïque, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) avec 20,2 % des suffrages, et par le Parti de l'action nationaliste (MHP, extrême droite antieuropéenne), avec 14,4 % des voix.
L'AKP remporte haut la main les législatives anticipées. Sept ans après sa création sur les ruines d'une organisation islamiste interdite - le Parti de la vertu de l'ex-premier ministre Erbakan - le parti musulman conservateur poursuit sa marche en avant puisqu'il améliore largement son score de 2002. Son ample succès va lui permettre de gouverner pour un second bail de cinq ans avec une majorité renouvelée au Parlement.
Le triomphe de l'AKP est avant tout celui d'un homme de 53 ans, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan. Volontariste, le chef de file de la majorité a jeté sans hésitation toutes ses forces dans la bataille électorale. Habile, il a évité les pièges parfois grossiers tendus par ses adversaires et a su faire oublier les erreurs commises durant son mandat. Rassurant, il s'est présenté comme le garant d'une prospérité grandissante permettant d'assurer un meilleur niveau de vie au plus grand nombre. Audacieux, il a parié sur la volonté de ses compatriotes de s'ouvrir sur un monde extérieur globalisé plutôt que d'opter pour le repli sur soi et les crispations identitaires.
Face au rouleau compresseur moderniste des musulmans conservateurs, qui ont lancé une nouvelle génération de politiciens, l'opposition kémaliste stagne. Sans imagination, elle s'est recroquevillée sur la défense des valeurs traditionnelles de la laïcité tout en proposant un projet économique vieillot. La sanction est sans appel pour le Parti républicain du peuple (CHP) de Deniz Baykal qui continue, au nom de Mustafa Kemal, de valoriser l'étatisme, se méfie de l'Europe et affiche un antiaméricanisme virulent.
La diabolisation n'a pas fonctionné
Populaire dans l'opinion, ce positionnement n'a pas pesé lourd dans des choix dictés par des considérations plus terre à terre. Il avait aussi l'inconvénient de gommer les différences avec les ultranationalistes du Parti de l'action nationaliste (MHP) qui réussit son retour à l'Assemblée. Quant à la diabolisation de l'AKP, elle n'a pas fonctionné. Une nette majorité de l'électorat ne croit pas que le parti d'Erdogan, dont la mutation est profonde, puisse envisager d'instaurer un jour la charia.
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