JOSEPH, ROI DU YEMEN (HIMYAR) Par Jacques Leibovici
1
JOSEPH, ROI DU YEMEN
(HIMYAR)1
rasa fsy nklm
Par Jacques Leibovici
Depuis la défaite de Bar Kokhba, l’Histoire du
peuple juif n’a été souvent qu’une suite de
massacres et pogromes jusqu’à la création de
l’État d’Israël.
Mais est-ce bien vrai ? L'Histoire est écrite par
les vainqueurs qui ont toujours occulté ce qui leur
déplaisait. Des recherches ont permis de
découvrir des éléments plus étayés sur ce qui
paraissait ne devoir être que légendes.
Après la dispersion du peuple d'Israël, des
royaumes juifs ont été crées et survécus quelques
dizaines, voire quelques centaines d'années, avant
d'être détruits à leur tour par des voisins trop
puissants.
Le Royaume d’Himyar, ancien nom du Yémen,
au début du VIème siècle de nôtre ère, dont
l’histoire a été occultée, tant par les Chrétiens que
par l’Islam, jusqu’au XIXème siècle a été
redécouvert lors des recherches épigraphiques par
un rabbin français Joseph Halévy qui a relevé de
gravures rupestres au Yémen et dans le sud de ce
qui est actuellement l’Arabie Saoudite.
Du IIIème siècle jusqu’à la première moitié du
VIème siècle, le monothéisme était déjà fortement
implanté au Yémen. Le Judaïsme et la Chrétienté
y tenaient, tour à tour, la dragée haute selon les
résultats des batailles et les alliances. Le pays,
centre du commerce international de l’époque et
enjeu de la rivalité géopolitique entre les Empires
Byzantins et Perses voisins, était morcelé en petits
royaumes, Saba, Himyar, Qataban, Hadrawmawt,
Dhu-Raydan.
L’histoire du roi Joseph, Yûsuf As’ar Yath’ar,
quelquefois appelé aussi Dhû Nuwâs se déroule
sur une courte période pendant le premier quart
du VIème siècle de notre ère.
Vers 519, soutenu par les Byzantins, le Négus
Kaleb Ella Asbeha installe le chrétien Madîkarib
Yafur sur le trône de Himyar.
1 Joseph, roi du Yémen, par Jacques Leibovici,
Editions Safed
C’est alors qu’au début 521 un roi juif, nommé
Joseph, Yûsuf As’ar Yath’ar, tente de reconquérir
et de réunifier le Yémen, alors que les Ethiopiens
ne peuvent réagir à cause de l’hiver, période de
vents violents en mer Rouge. Il est accompagné
par les ducs du Royaume d’Himyar.
Au mois de juin de l’année 522 de l’ère
chrétienne Yûsuf fait le siège de Zafâr, la capitale
du royaume de l’usurpateur chrétien. Rapidement,
la ville tombe et son prédécesseur, battu, s’enfuit.
Le roi Yûsuf As'ar Yath’ar ordonne à son
commandant en chef de tuer les Abyssins et fait
brûler l'église.
Le roi fait de Zafâr sa capitale permanente. Il
nomme un conseil de régence, dirigé par l’un de
ses frères sans pouvoir immédiat, mais chargé de
la direction des affaires de l’Etat quand le roi sera
en campagne.
En effet, le pays est encore loin d’être pacifié et,
trois mois après avoir pris Zafâr les troupes de
Joseph doivent repartir faire la guerre contre
Najrân au nord du pays.
Cette ville est gouvernée par un évêque chrétien
du nom d’Aréthas, al-Harith ben Ka’b. Elle est
peuplée en majorité de Chrétiens et de païens.
Ses fortifications sont imposantes.
Après un échec ses lieutenants pour obtenir sa
reddition est un échec, Yûsuf doit entreprendre,
lui-même, le siège de cette ville de septembre 522
à octobre 523 jusqu’à ce que la soif et la famine la
fassent se rendre.
Le siège dure depuis deux mois quand les
Chrétiens demandent des pourparlers : la ville
allait se rendre et les conditions qu’ils proposaient
sont acceptées.
Après quelques jours de calme, les attentats se
multiplient sans qu’Aréthas, qui continue à
détenir le pouvoir sur les Chrétiens, ne paraissent
souhaiter calmer les choses. Yûsuf craint de plus
en plus une intervention des Byzantins qui sont
maintenant informés de longue date des
évènements de la région. Alors la situation
dérape : Yûsuf tue ou fait tuer l’évêque et ses
troupes anéantissent les forces chrétiennes. On
dénombre plusieurs milliers de tués.
2
La bataille de Najrân est terminée, mais pour
contrôler la ville il faut qu’une communauté juive
y soit implantée. Pour cela Yûsuf doit y installer
quelques colons et convertir la population au
judaïsme.
Les Chrétiens vont dramatiser les évènements.
Les Juifs sont accusés d’avoir voulu convertir les
chrétiens de la ville de force au judaïsme et
d’avoir exécuté après d’affreux supplices ceux qui
refusaient. Ces massacres auraient duré jusqu’en
novembre 523. Le traître Aréthas fut considéré
comme un martyr par les Chrétiens.
Au total, l’expédition, s'était soldée par douze
mille cinq cents tués ennemis, onze mille
prisonniers et un butin de deux cent
quatre-vingt-dix mille chameaux, vaches,
moutons et chèvres.
Les réactions de Justin, l’Empereur chrétien de
Byzance, et de Justinien, son neveu et Général en
Chef, seront violentes. D’autant plus que la
version qu’on leur a présentée, est celle d’un
massacre de Chrétiens innocents qu’on voulait
convertir de force. Par une sorte d’inversion des
sévices qu’ils faisaient subir aux Juifs dans le
Nord, le clergé chrétien agrémente les massacres
de scènes de viols, de parents devant, eux-mêmes,
sacrifier leurs enfants, etc...
L’Empereur byzantin ne pouvait rester sans
réaction face à ses prélats et les autorités
religieuses d’Alexandrie qui jetaient de l’huile sur
le feu, mais il savait aussi qu’il ne pouvait
dégarnir ses forces des fronts nord et est. La
pression perse était trop forte et Himyar était un
territoire reculé qui n’était pas prioritaire.
Il se souvient alors que l’Abyssinie est un
royaume chrétien ennemi héréditaire d’Himyar.
Une aide est envoyée par Byzance au Négus
Kaleb, pour l’aider dans sa guerre de reconquête.
Mais l’hiver vient et empêche toute navigation
entre l’Abyssinie et Himyar. La seule baie où un
débarquement en nombre est possible, au sud, est
la baie de Maddabân où se trouvent un port
important et une base militaire. Yûsuf s’y rend
immédiatement pour la protéger.
Maddabân est un village de pécheur au nord des
détroits. La ville basse occupe une vaste zone en
bordure de mer. Une colline commande l’entrée
de la baie sur laquelle sont construites des
fortifications.
Yûsuf entreprend les travaux d’aménagement
appropriés à la défense de la ville contre toute
attaque venant de la mer mais néglige, et cela lui
sera fatal, de la fortifier contre une attaque qui
viendrait de la terre. Un officier a l’idée
ingénieuse de tendre une énorme chaîne en fer
entre les deux pointes extrêmes commandant
l’entrée de la baie. Cette chaîne immergée à
faible profondeur déséquilibrera, bloquera, tout
navire important, dont le tirant d‘eau est supérieur
à cette profondeur. Ces navires en heurtant la
chaîne se briseront les uns contre les autres.
En mai 525, des messagers venant d’Abyssinie
informent Yûsuf que la flotte abyssinienne est
prête à partir au combat armée de soldats
indigènes commandés par des officiers romains.
Les troupes de Yûsuf se rassemblent à Maddabân.
La bataille s’engage début novembre 525. Le
premier choc semble donner raisons aux
optimistes. Les troupes royales ont été
correctement placées sur leurs positions et les
premières galères abyssiniennes s’éventrent sur la
chaîne. La flotte abyssinienne doit refluer vers la
haute mer.
Mais le lendemain une armée immense, qui a
débarqué en toute tranquillité pendant la nuit à
trente stades de la ville de Makhwân, a, sans coup
férir, encerclé les forces juives. Les différentes
divisions abyssiniennes ont occupé pendant la
nuit les collines qui entourent la ville. Le piège
s’est refermé.
Une bataille frontale est livrée. Les troupes du
Négus ont la supériorité numérique, les Juifs sont
le dos à la mer. Le choc est terrible et les troupes
de Yûsuf sont décimées.
A partir de la l’Histoire s’arrête et la légende
prend le pas : selon les versions, Yûsuf serait mort
au combat ou serait entré avec son cheval dans la
mer et se serait noyé ou encore se serait enfui sur
un boutre avec l’espoir de reconstituer plus tard
ses forces militaires et prendre sa revanche.
Mais la défaite de Maddabân sonne le glas du
royaume juif de Himyar. Le Yémen est alors
officiellement Chrétien de la fin des années 530
aux années 570. Les Juifs qui dominaient
l’empire Himyarites depuis 380 ne comptent plus
guère. Kaleb en a fait massacrer un très grand
nombre.